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Barack Obama, premier président à visiter une prison, veut réformer la justice américaine

Barack Obama a visité le 15 juillet la prison d’El Reno dans l’Oklahoma. Une première, pour un président des États-Unis à se rendre dans une prison fédérale. Il veur réformer la justice. Mais, à la différence du pape François lors de ses visites en prison, Obama n’a vu qu’une cellule vide et rencontré que des jeunes toxicomanes non-violents.

Première visite présidentielle, hautement sécurisée, dans une maison d’arrêt fédérale.

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Après avoir visité une petite cellule vide de 10 m² équipée de 3 lits superposés, une toilette sans siège, un petit évier, armoires métalliques et une petite table de nuit en bois, le Président Barack Obama a estimé que les prisons sont des «institutions extraordinaires dans le système (judiciaire) mais que (elles) ont d’énormes problèmes de surpopulation». Il s’est d’ailleurs étonné qu’on mette
3 détenus dans une telle cellule.

 

La prison avait été hautement sécurisée pour la visite. Obama a été emmené à la cellule 123 du Block B vidé pour l'occasion. Les surveillants étaient à l'extérieur, sur des pelouses soigneusement tondues. Le Président n’a rencontré que 6 jeunes toxicomanes non violents, choisis pour l’enregistrement d’un documentaire sur le système de justice pénale à diffuser sur HBO cet automne.

 

Après l’entretien, Obama a déclaré aux journalistes : « Quand ils décrivent leur jeunesse et leur enfance, ce sont des jeunes qui ont fait des erreurs, qui ne sont pas si différentes des erreurs que j’ai faites et des erreurs que beaucoup d'entre vous ont fait… La différence, c’est qu’ils n’ont pas de structures de soutien, de secondes chances, de ressources qui leur permettraient de surmonter ces erreurs. »

 

Il a ajouté que «nous avons parfois tendance à prendre pour acquis ou à penser qu'il est normal que ces jeunes gens soient enfermés pour des crimes de drogue…. Ce n’est pas ce qui se passe dans d'autres pays. Ce qui est normal, c’est que des adolescents fassent des bêtises. Ce qui est normal, c’est que les jeunes fassent des erreurs."

 

Cependant, Barack Obama a fait une distinction entre les délinquants toxicomanes non violents comme ceux qui lui ont été présentés, et les criminels coupables de crimes comme l’assassinat, le viol et l'agression. « Il y a des gens qui ont besoin d'être en prison… Je ne tolère pas les criminels violents; beaucoup d'entre eux peuvent avoir commis des erreurs, mais nous avons besoin de protéger nos collectivités. »

 

Pour David Fathi, directeur du Projet « American Civil Liberties Union’s National Prison », la visite d'Obama à El Reno envoie un message puissant mais, en choisissant ce site, "Il n’a pu voir les conditions les plus dures dans les prisons fédérales". Alors que le taux de surpopulation y était de 137 % en 2013, ce taux moyen était de 154% dans les établissements de haute sécurité. En mai 2015, des émeutes ont entraîné plusieurs décès dans une prison très surpeuplée du Nebraska.

 

Obama pour une réforme du système judiciaire américain

 

La veille de sa visite, devant 3.000 délégués de la NAACP (la plus importante association de défense des droits civiques des Noirs américains) réunis à Philadelphie, le Président Obama avait appelé à rendre le système judiciaire américain plus juste.

 

Depuis le drame de Ferguson il y a près d’un an, dans le Missouri, Barack Obama s’est fait plus offensif sur la question raciale. S’il a déjà commué 89 peines de prison, plus que ses quatre prédécesseurs réunis, il a besoin du Congrès pour s’attaquer au fond du problème.

 

Son vœu de réformer le système judiciaire est soutenu par certains Républicains comme les sénateurs John Cornyn du Texas, Rand Paul du Kentucky, Charles E. Grassley de l’Iowa et Mike Lee de l’Utah ainsi que par les frères milliardaires David H. and Charles G. Koch, et des groupes libéraux comme le Center for American Progress.

 

Se rappelant qu’il a été consommateur de marjuana et qu’il a essayé la cocaïne lorsqu’il était étudiant, Barack Obama a souhaité corriger les excès qui ont conduit des dizaines de milliers d'Américains - dont cinq fois plus fréquemment des noirs que des blancs entre 25 et 54 ans - en prison pour des délits non-violents.

 

Parmi les pistes évoquées, le Président a cité la réduction des peines de prison minimum obligatoires, notamment dans les affaires de drogue. L’avant-veille, il avait d’ailleurs annoncé avoir commué les peines de 46 Américains, condamnés à plus de 20 ans de prison pour trafic de drogue sans violence.

 

« Les États-Unis comptent 5 % de la population mondiale, mais 25 % de la population carcérale ! », a-t-il déploré, évoquant un taux d’incarcération quatre fois supérieur à celui de la Chine.

 

Avec 2,2 millions de prisonniers, les Etats-Unis gardent derrière les barreaux plus d’hommes et de femmes que tous les 35 pays européens réunis. Cette politique carcérale a un coût : les États-Unis dépensent 80 milliards de dollars chaque année pour leurs prisons.

 

Autre singularité des USA : la détention pénitentiaire y est une véritable industrie. 8% des prisonniers (soit 3 fois la population carcérale française) sont détenus dans des établissements concédés à des sociétés privées. Le groupe CCA gère ainsi 66 prisons avec une capacité de 91 000 prisonniers, alors que le Groupe Geo possède 65 prisons avec plus de 65 700 détenus.

 

Un record d’erreurs judiciaires

 

Le National Registry of Exonerations a révélé, dans son rapport du 4 février, que grâce à des enquêtes policières et judiciaires plus poussées, 1.300 condamnés ont finalement été innocentés ces 25 dernières années après enquêtes approfondies, dont 87 durant la seule année 2013.

Cas extrême, un condamné à mort noir du Missouri, Reginald Griffin, a été innocenté en 2013 après vingt-cinq ans dans le couloir de la mort. Dans ce cas, comme dans celui de la moitié (56 %) des prisonniers disculpés en 2013, c'est un faux témoignage qui était à l'origine de leur arrestation et de leur condamnation.

Dernier cas exemplaire : Albert CWoodfox. Cet américain a passé près de 43 ans en isolement dans des prisons de Louisiane pour sa supposée responsabilité dans la mort d’un surveillant pendant la révolte des prisonniers de 1972. Un juge fédéral a ordonné le 8 juin 2015 sa libération inconditionnelle en arguant des « preuves de l’innocence » du détenu.

« Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les analyses ADN n'ont joué un rôle que dans un cinquième des cas de révision », précise le rapport. Ces analyses scientifiques n'ont concerné que 33 % des cas en 2012, et 28 % en 2013. Par contre, dans 38 % des cas, les détenus ont été disculpés « à l'initiative ou du fait de la coopération des forces de l'ordre »

Plaider coupable pour éviter le pire

DSK,prison,justice,coupable,innocentUne des failles du système judiciaire américain est le « plaider coupable » qui permet d'éviter un procès long et coûteux et de négocier les peines, voire la peine capitale.

« Il n'y a que 5 % des affaires qui, au final, sont jugées ». Policiers et juges font pression sur les justiciables, « promettant une peine réduite » en échange d'un plaider coupable, explique la juriste Anne Deysine.

Les erreurs des témoins oculaires sont, quant à elles, responsables de 38 % des verdicts de culpabilité. « Les États-Unis ont un système accusatoire. Le procureur dispose généralement de moyens humains et financiers plus importants que l'avocat de la défense, analyse la juriste Anne Deysine qui conclut : « Un témoin oculaire va peser lourd s'il n'y pas de contrepoids efficace. Dans une procédure accusatoire, l'égalité des armes entre les deux parties est indispensable ».

La fermeture de la prison de Guantanamo toujours ajournée…

Guantanamo, Cuba,prisonDepuis son ouverture le 11 janvier 2002 sur les instructions du Président Georges W. Bush, la prison a eu jusqu’à 680 détenus. Le 20 janvier 2009, à l’arrivée au pouvoir d’Obama, 242 personnes étaient détenues dans cette prison de haute sécurité. 


Le Congrès interdit depuis 2011 au Pentagone de transférer des détenus sur le territoire américain, pour les juger, soigner, emprisonner ou toute autre raison. Les Républicains estiment qu'ils risqueraient d'être libérés sur décision d'un juge, posant ainsi une menace à la sécurité nationale.

 

En 2013, la prison a été marquée par une grève de la faim sans précédent par son ampleur et sa durée : 8 mois avec 106 participants au plus fort du mouvement, dont un maximum de 46 ont été nourris par sondes nasogastriques.

 

En mai 2014, la Chambre des représentants à majorité républicaine a rejeté un amendement à la loi militaire annuelle qui aurait permis la fermeture de Guantanamo et Jeb Bush, ex-gouverneur de Floride et candidat aux primaires républicaines, s’est déclaré en mars 2015 non favorable à sa fermeture.

En mai dernier ils étaient encore 122 prisonniers, dont une large majorité de ressortissants yéménites.Au total, 779 personnes ont été incarcérées à Guantanamo, la plupart sans inculpation ni procès et 9 y sont mortes.

Sources : La Croix, Libération, le Monde, La Libre, New York Times, The Washington Post

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