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  • Choisir d'être libéré de la peur, une capacité propre à l’homme

    Lors des journées d’études internationales sur le fait religieux en prison organisées fin octobre 2013 à Paris par le ministère de la justice, la sociologue Céline Béraud a décrit le rôle et la place des aumôneries qu’elle a observés dans les prisons françaises. Lors d’une brève conversation que j’ai eue ensuite avec elle, l’universitaire m’a dit avoir été très surprise par la fréquence des réflexions faites à propos du jugement dernier lors de ses entretiens avec les détenus et l’inquiétude que ces réflexions exprimaient.

    Avec Nietzsche, nombre d’athées justifient leurs critiques envers les religions par l’exploitation de cette peur. Grande est en effet la tentation pour tous ceux qui ont pour ambition de manipuler et d’exercer un pouvoir sur les esprits de s’appuyer sur cette capacité émotionnelle.

    La peur est naturelle et vitale

    peur,anxiété,angoisse,libération,mort,jugement,miséricordeLa peur est la capacité instinctive de reconnaître le danger et de le fuir ou de le combattre pour rester en vie. Pour un neurologue, la peur est essentiellement une activation de l'amygdale face à un danger imminent (la calcification de l’amygdale occulte la capacité de peur). Elle entraine une inhibition de la pensée et prépare l'individu à fuir ou à se défendre. Pour les psychologues, il faut distinguer la peur de l’anxiété, celle-ci étant le résultat de menaces perçues comme incontrôlables ou inévitable, ainsi que de l’angoisse qui est le résultat de la terreur qui correspond à des peurs intenses, prolongées ou répétées.

    La peur est très certainement l'une des émotions les plus anciennes du monde animal. Elle est liée à l’instinct de survie qui permet aux animaux d'éviter des situations dangereuses pour eux-mêmes ou pour leur progéniture. Le principal objet de peur pour un animal est typiquement la présence d'unprédateur en chasse. Ce peut être également un bruit insolite, un mouvement violent, l’ignorance de sa source. Face à l’inconnu, la peur est ainsi source de prudence. Par contre, en groupes, elle peut susciter une panique, une folie collective qui peut occulter un danger réel..

    Les types de réactions sont variés :

    -          la fuite à toutes jambes (la plupart des mammifères tels que lièvres, chevaux…) ou à tire d’ailes

    -          l’enfouissement ou la cachette dans un abri (limandes, petits de marsupiaux, lapins, rongeurs, alevins de cichlidés…)

    -          le regroupement pour paraître plus impressionnant (bans de poissons…)

    -          le cri, le gonflement de la silhouette pour épouvanter (éléphants, félins, canins, diodons…)

    -          le renfermement sur soi (tortues, hérisson, poisson porc-épic…)

    -          l’immobilité (papillons, phasmes, mantes…) ou le changement d’apparence pour se fondre dans l’environnement et passer inaperçu (caméléons, crabes…)

    -          la ruade ou l’affrontement offensif (camélidés, carnassiers, mères défendant leur progéniture…)

    -          l’évitement (image de l’autruche qui se met la tête dans le sable) bien qu’il n’évite pas de danger !

    Pouvoir décider de se libérer de la peur, une capacité propre à l’homme

    peur,anxiété,angoisse,instinct,libération,mort,jugement,miséricorde,Epicure,La complexité de l'esprit humain a transposé l’instinct naturel de peur sur des situations sociales ou des objets symboliques (araignées, serpents…). De plus, il appréhende consciemment la mort. De ce fait, la mort devient l’objet de peur par excellence puisqu’elle est l'incarnation même du danger.

    Des philosophies athées et matérialistes mettent en évidence l'aspect paradoxal de la peur de la mort en remarquant avec le grec Épicure que : «Lorsque nous sommes vivants, la mort n'est pas. Lorsque la mort est là, nous ne sommes plus. Dès lors, dans la mort que crains-tu exactement ?».

    Pour les animistes, il n'y a pas vraiment de mort ; le dialogue entre les «morts» et les vivants se poursuit sans interruption.

    Pour les bouddhistes, le corps et l’esprit sont liés, mais la mort les séparent, chaque partie ayant son propre continuum : le corps devient cadavre, et l'esprit subtil continu jusqu'à ce qu'il se réincarne dans un autre corps plus ou moins soufrant, ceci perpétuellement jusqu'à ce qu'il se libère de l'ignorance.

    Les hindous échappent à la peur en croyant que le corps n'est qu'une enveloppe matérielle temporaire. Le karma est identifié à toute action déterminant de façon automatique non seulement la renaissance après la mort, mais aussi les formes de cette future existence et la situation que l'individu connaîtra dans sa nouvelle vie. L'homme devient ce qu'il accomplit : les bonnes actions d'une existence antérieure améliorent les conditions de vie de l'existence à venir, tandis que de mauvaises actions les aggravent. Chaque individu détermine son propre destin dans la vie à venir. Il n'est pas question de récompense ou de punition, puisqu'il n'y a personne pour récompenser ou punir. Dans cette succession d'existences terrestres, l'âtman demeure l'essence invariable propre à l'individu. Pour briser ce cycle perpétuel, l'hindou doit vivre de manière à ce que son karman ne soit ni négatif, ni positif. Parmi les méthodes de yoga qui lui enseigne le moyen d’y parvenir, il peut choisir entre la dévotion, l'action, la connaissance ou la méditation. La majorité des hindous choisit la dévotion, le bhakti-yoga.

    D’autres, la majorité des hommes et des femmes de ce monde, échappent à la peur de la mort en acceptant de croire en la révélation de l’existence d’un Dieu créateur et miséricordieux, ainsi qu’en une vie après la mort. Avec cette foi, l'esprit appréhende la mort sans la craindre. Toutefois, la majorité déplace cette peur de la mort en craignant ce qui lui succède, c'est-à-dire le jugement et le risque de vivre éternellement en enfer.

    Les musulmans, comme les juifs et les chrétiens, croient que la vie présente n'est qu'un chemin en vue d’accéder à un univers intemporel. Leur foi inclut celle dans le jour du jugement dernier, la résurrection, l’enfer et le paradis. Le corps ressuscite pour se joindre de nouveau à l'âme à la fin des temps lors du jugement dernier. Trois œuvres peuvent aider une personne défunte : l’aumône qu'elle a donnée, la connaissance qu'elle a enseignée et la prière d’un enfant vertueux.

    Les chrétiens ont une singularité parmi les monothéistes : ils croient que Jésus est Dieu incarné, qu'il est le chemin qui mène à lui Père éternel, qu’il a souffert et qu’il a affronté la mort par amour pour sauver tous les hommes ses frères, qu’il a vaincu la mort par sa propre résurrection. Ils croient qu'après la mort, ils sont vivants avec Dieu pour toujours. Leur corps terrestre n'existe plus mais que, plongé lors du baptême dans la mort et la résurrection de Jésus Christ, ils passent eux aussi de la mort à la vie en Dieu.

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    Détenu dans un environnement confiné, tout parait être ou est réellement source potentielle de danger pour le prisonnier. Il n’est donc pas surprenant que la peur le tenaille, avec les diverses réactions instinctives qu’elle provoque. Les questions existentielles deviennent pour le prisonnier extrêmement prégnantes. Ayant comparu devant le tribunal des hommes et subissant, outre la suppression de liberté, des peines plus ou moins supportables, la question du jugement dernier devient essentielle.

    La tentation du technicien psychiatre est d’utiliser l’arsenal des neuroleptiques. Il existe une autre voie qui peut paraître idéale du fait que le prisonnier est en situation de vulnérabilité face aux multiples manipulateurs potentiels ; une voie plus respectueuse de la dignité intrinsèque, voire transcendantale de l’homme, qui fait appel à une démarche consciente et réfléchie avec la libre adhésion personnelle à une croyance ou non.

    La rencontre avec des témoins de la miséricorde divine et la perception d’un vrai regard amical sont, pour le prisonnier, une voie royale qui lui permet de maîtriser sa peur, de retrouver toute sa dignité intrinsèque d’homme et de femme capable de choisir son chemin de vie.


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    Choisir d'être libéré de la peur est une expression plus exacte


    En citant St Jean, un ami m’a fait remarquer « qu’u
    n homme ne peut rien s'attribuer, sauf ce qu'il a reçu de Dieu. Tout vient de Lui, tout est par Lui, tout est pour Lui. D'autre part on n'échappe pas à la peur quand on l'offre à Dieu : on en est guéri !!! »

    Par sa concision excessive, le titre initial de l’article était ambigu car il pouvait donner à penser que l'homme peut se libérer tout seul. En fait, le propre de l'homme est sa capacité à choisir, sa liberté de conscience.

    Les animaux subissent instinctivement la peur. Seul l'homme a la capacité d'accepter consciemment l'Amour qui lui est offert à travers le regard amical et le témoignage vivant de l'Amour et, en l'acceptant, de se libérer de sa peur. S'il refuse cette offre d'Amour, s'il ne se laisse pas envahir par l'Amour, il est très probable qu'il sera rongé perpétuellement par le remords.

    Je suis donc d'accord pour dire que seul l'Amour de Dieu nous libère définitivement, Jésus ne formant qu'un ne Dieu avec le Père et l'Esprit d'Amour qui les unit. Puisque Dieu est Amour, c'est l'Amour qui nous libère. St Jean écrit, "si nous aimons, nous sommes enfants de Dieu... Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour atteint en nous sa perfection. Nous reconnaissons que nous demeurons en Lui, et Lui en nous, à ce qu'Il nous donne part à son Esprit. 

  • La libération de Georges Vandenbeusch fruit de l’anti-panoptisme ?

    Le missionnaire Georges Vandenbeusch a été libéré le 31 décembre par ses kidnappeurs 45 jours après avoir été pris en otage au Nord Cameroun par un groupe nigérian de la secte Boko Haram. Il est rare qu’un otage soit libéré aussi rapidement. Certains le sont après plusieurs années. On peut donc s’interroger sur les raisons de cette rapide libération.

    Pour ma part, j'ai été interpellé par le témoignage de G. Vandenbeusch exprimé au journal télévisé de France 2 juste après sa libération : il n’était pas détenu dans une cachette ou dans un local fermé, mais dans une cellule à ciel ouvert et sans mur, sur une simple bâche de 4 m² étendue sous un arbre.

    Une cellule invisible déstabilise autant le détenu que les gardiens

    panoptisme,Panopticon,Michel Foucault,BenthamCe lieu de détention est l’antithèse du principe de la cellule idéale panoptique telle qu’elle a été imaginée par Bentham à la fin du XVIIIème siècle et détaillée dans son livre "Surveiller et punir, Naissance de la prison" par mon homonyme philosophe Michel Foucault : "le pouvoir du gardien doit être visible et invérifiable". Pour ce faire, la surveillance doit être permanente dans ses effets, même si elle est discontinue dans son action, le détenu étant lui-même le porteur de ce pouvoir en se sentant potentiellement sous un contrôle permanent. Bentham avait imaginé une architecture en anneau avec des effets de contre-jour permettant au surveillant de remplir sa mission tout en permettant au surveillant d’être absent sans que le détenu le sache. La technologie contemporaine permet d’assurer cette surveillance déshumanisée de tous les instants avec une architecture apparemment plus anodine, non seulement sur des détenus, des malades hospitalisés, des écoliers, mais aussi sur des groupes sociaux beaucoup plus larges.

    Dans le cas de la détention du P. Vandenbeusch, le gardien voit constamment l’otage et celui voit tous les faits et gestes de ses gardiens. Ne serait-ce pas le groupe des kidnappeurs qui s'est finalement senti déstabilisé par une cohabitation où tous les membres, en quelque sorte, se surveillent mutuellement, où le pouvoir se dilue dans des relations interconnectées continues ?

    On retrouve là l'interactivité du 2.0 qui déstabilise les élites sociopolitiques et la majorité des managers dépeinte par Laure Belot dans son article publié le 23 décembre…

    2.0 nous mène-t-il vers un trou noir sociétal ?

    En 1947, alors qu'Internet n'existait pas, le P. Teilhard de Chardin avait pressenti le développement de la pensée humaine avec le concept de la noosphère, les relations humaines devenant celles d'un village. Mais dans le village traditionnel, il y a un chef coutumier, chacun y joue un rôle.

    Dans le monde virtuel qui se construit, il n'y a plus de véritables leaders d'opinion. Ou du moins, l'émergence de ceux-ci est difficilement prévisible. De plus, leur notoriété est de plus en plus éphémère. Quant aux responsabilités lors de débordements néfastes pour la communauté, elles sont quasi-impossibles à établir.

    trou noirLa réalisation d’un projet impliquait jusqu'ici un espace et une durée. Les réseaux 2.0 semblent annihiler ces deux éléments fondamentaux depuis la création de l’univers. Nous entrainent-ils vers un « trou noir sociétal » ? Ils laissent la place à un nouveau monde où le cérébral désincarné prime sur tout, marginalisant l'intelligence du manuel, du réel, et où on ne laisse plus le temps au temps.

     

    Mais est-ce un modèle durable ? Permet-il le développement total de l'homme et de l'humanité ?

  • Des évêques célèbrent la joie de Noël derrière les barreaux

    prison,noël,évêque,toulouse,orléans,poitiers,bourges,versailles,evry,créteil,soissons,metz,beauvais,détenus,gardiens,amônerie,baptême,liancourtSelon Anne-Bénédicte HOFFNER, journaliste de La Croix,les évêques de France sont nombreux à célébrer la messe de Noël en prison lorsqu’ils le peuvent et que les établissements pénitentiaires sont en mesure de l’organiser.

    Pour l’archevêque de Toulouse, ce rendez-vous est « un moment fort, à la fois très touchant et un peu douloureux ». Cette année encore, c’est avec les prisonniers condamnés à de longues peines du centre de détention de Muret (Haute-Garonne) que Mgr Robert Le Gall célébrera sa première messe de Noël, le 24 décembre à 17 heures, avec l’aide de la communauté des Béatitudes. Puis il rejoindra la cathédrale de Toulouse pour la messe de minuit. Et le lendemain matin, deux autres célébrations l’attendent : l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, de la maison d’arrêt de la ville.

    À Orléans, Poitiers, Bourges, Versailles, Évry, Créteil, Soissons ou Metz, nombreux sont les évêques de France à célébrer Noël en prison. L’occasion pour eux d’y redire que « notre vie n’est jamais à ce point détruite que le Seigneur ne puisse y naître et y grandir », rappelle Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais. Le 25 décembre au petit matin, il se rendra dans l’immense et flambant neuf centre pénitentiaire de Liancourt (Oise). C’est dans une salle polyvalente que sera célébrée la messe : un petit autel et sans doute une crèche y auront été aménagés pour la circonstance.

    Faire le lien entre les détenus et le reste de la communauté chrétienne

    Pour les détenus, mais aussi pour les gardiens, cette venue n’est pas anodine, même si tous ne sont pas catholiques. « Les détenus me demandent de faire le lien avec le reste de la communauté. Aussi, je commence toujours la messe de Noël à la cathédrale par une mention de ce que j’ai vécu en prison », raconte Mgr Le Gall. Dans cette période de festivités et de retrouvailles, vécue souvent douloureusement, la présence de l’évêque est ressentie comme une marque d’attention.

    Au dire de l’équipe d’aumônerie, présente, elle, chaque semaine, l’assistance est un peu plus nombreuse ce jour-là : elle mêle catholiques, chrétiens d’autres confessions, mais aussi des musulmans. « Ils ne communient pas mais je trouve beau qu’ils partagent un peu de notre joie et de notre foi », avance Mgr Le Gall. À tous, Mgr Benoit-Gonnin vient redire que « Dieu est né dans le monde pour vous aussi ». « J’essaie de ne pas être dur, mais de parler en vérité, résume-t-il. Je leur dis qu’eux seuls savent la gravité de leurs actes, que je ne suis pas là pour en juger, mais que, malgré cela, Dieu les aime et ne les a pas oubliés. » 

    Une expérience chaque année toujours aussi forte

    Pour les évêques, l’expérience reste tout aussi forte, d’année en année. « Au début de la messe, l’un des fidèles lit toujours un petit mot, extrêmement touchant et délicat », rapporte Mgr Le Gall, qui a vécu « comme une révélation » ses premiers partages d’Évangile avec des détenus, lorsqu’il était à Mende. Il se souvient aussi, il y a deux ans, lorsqu’il est allé visiter dans leur cellule deux femmes accompagnées de leurs enfants. Ou encore de ce baptême qu’il a célébré le 8 décembre, entouré de toute l’équipe qui avait préparé le sacrement…

    Sa venue à Noël est donc aussi une manière de « saluer le travail » des nombreux aumôniers et visiteurs, souvent bénévoles, présents dans ces lieux « riches en rencontres », mais exigeants.« J’essaie souvent d’expliquer aux autorités que, dans le contexte chrétien, la visite au prisonnier exprime quelque chose du regard de Dieu sur l’être humain », résume l’évêque de Beauvais. « Bien sûr elle peut être utile à l’apaisement, à l’humanisation des relations entre détenus, avec les gardiens. Mais elle a un sens particulier aussi pour cela. »

    Source : La Croix

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