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  • Les camps de rééducation par le travail sont formellement abolis en Chine

    Le comité permanent de l’Assemblée populaire nationale (ANP), la chambre d’enregistrement législative des décisions du Parti communiste chinois (PCC), la plus haute instance législative chinoise a formalisé mardi 24 décembre 2013 l’abolition des camps de rééducation par le travail.

    camp de travail,Chine,rééducationApparus en 1957 à l’initiative de Mao pour punir les «ennemis du peuple», ces camps ont perduré en dépit des réformes économiques et de l’ouverture lancées en 1978. Ils permettaient de détenir des personnes sur simple décision de police, et ce jusqu’à quatre ans. Objet de multiples abus, ils sont notamment utilisés par les autorités locales contre les contestataires, les internautes dénonçant la corruption ou les «pétitionnaires» demandant réparation d’un préjudice.

    Selon l’agence officielle Chine nouvelle, se référant à un texte émanant du gouvernement «Les législateurs ont reconnu le rôle important du « laojiao » (système des camps de rééducation par le travail) joué dans la sauvegarde de la sécurité publique et le maintien de la stabilité sociale et la punition des contrevenants», a assuré Chine nouvelle. Et d’ajouter que le « laojiao » a accompli sa mission historique». Le comité permanent de l’ANP a estimé que le programme de rééducation par le travail a d’ores et déjà été remplacé par d’autres dispositifs.

    La Chine compte environ 350 camps de travail où sont emprisonnés 160.000 détenus, selon l'agence de presse officielle Chine nouvelle qui cite les chiffres du Bureau de la "rééducation par le travail" du ministère de la Justice.

    La vie dans ces camps peut varier mais les prisonniers doivent subir de longues journées de travail dans des ateliers ou des usines et même dans de grandes fermes agricoles. Depuis 2005, de fortes pressions se sont fait sentir afin d’éliminer ce système.

    Plusieurs cas récents largement diffusés sur les réseaux sociaux chinois ont accentué la pression d’une opinion publique chinoise de plus en plus excédée par les dérives d’une police corrompue dans tout le pays. Ainsi, le cas d’une mère, Tang Hui, de la province du Hunan, condamnée au camp de travail pour avoir dénoncé des policiers coupables d’avoir enlevé sa fille de 11 ans et de l’avoir forcée à se prostituer.

    lettre d'un travailleur chinois dans un camp de rééducation 2011Autre exemple : le 21 octobre 2012, Julie Keith, de Portland, en Oregon (USA) a fait une découverte troublante dans un emballage de décorations d'Halloween qu'elle avait achetées au Kmart l'année précédente. Entre les blocs de polystyrène qui retenaient en place les accessoires se trouvait une lettre manuscrite pliée en huit. Extrait de la lettre : « Les gens ici doivent travailler 15 h/jour, sans congé hebdomadaire et payés 10 yuans, soit 1,2 €uro/mois»

    Avec l’arrivée de Xi Jinping à la tête du pays en novembre 2012, l’espoir de voir ce système aboli n’a cessé de croître. En janvier, un haut responsable de la sécurité nationale avait annoncé que la rééducation par le travail serait abolie cette année, mais son rapport officiel sur la situation avait rapidement disparu des sites officiels qui ne parlaient plus alors que «d’aménagements probables de ce système», sans donner plus de détails.

    camp de rééducation, travail, femmes,Jiangsu,Chine Les défenseurs chinois des droits de l’homme sur les réseaux sociaux applaudissent. «Je m’y attendais, mais je suis quand même surexcité en apprenant la nouvelle», a confié l’avocat Pu Ziquiang. Les camps de travail ont été supprimés en Chine grâce à ce troisième plénum, il faut le saluer. Cela montre que la Chine avance d'un pas vers l’'Etat de droit » Même réaction chez Sui Muquing : «C’est vraiment un grand progrès de civilisation», indique cet autre avocat engagé. «A partir d’aujourd’hui, les camps de travail sont supprimés, j’en pleure de joie», écrit encore l’ancien journaliste d’investigation Dong Fei.

    L’abolition va se mettre en place. Mais de nombreux spécialistes du système judiciaire chinois se demandent par quoi sera remplacé ce triste système. Nicholas Becquelin, chercheur et sinologue à Human Rights Watch, basé à Hong Kong avait remarqué que «Xi Jinping s’est arrangé pour que le chef de la police (l’ex-ministre de la Sécurité publique Zhou Yongkang) soit écarté du pouvoir à son arrivée, ce qui a permis de parvenir à cette réforme». Mais il demeure sceptique :«La question est de savoir si les détentions arbitraires seront éliminées du nouveau système et si le nouveau nom ‘‘correction des comportements illégaux’’ perpétuera les mêmes pratiques de façon déguisée». Autrement dit le même système sous un autre vocable.

    De plus, de nombreux avocats redoutent une très forte résistance de la part des gouvernements locaux : ceux-ci profitent économiquement des détenus comme d’une main-d’œuvre gratuite et en jouent pour garantir l’ordre social.

    Enfin, Joshua Rosenzweig précise que«d’autres formes de détentions extrajudiciaires existent encore aujourd’hui en Chine et sont encore largement utilisées» comme les «prisons noires» (souterraines, gérées par des policiers locaux ou régionaux), ou bien les Centres d’éducation légaux qui sont ni plus ni moins des asiles psychiatriques.

     

    Source : AFP, Libération, La Croix

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